Samedi à Wembley se déroulera, comme vous le savez tous, la finale de la plus prestigieuse des compétitions de clubs : la Ligue des Champions. Cette année elle opposera deux formations allemandes qui ont, tout au long de cette coupe, enchanté les amateurs de foot, et ont finalement mis un terme à l’hégémonie espagnole. Du coup, la France se tourne enfin vers la Bundesliga et va certainement vouloir copier les bonnes recettes teutonnes – attention toutefois à ne pas imiter bêtement nos voisins outre-rhin.
Il y a quelques saisons de cela, la FFF tenait une réunion afin de revoir sa politique de formation. Elle prônait un choix de détection basée plus sur des qualités techniques plus que sur des qualités physiques, comme c’était le cas jusqu’à présent. De son côté l’entraîneur Laurent Blanc nous exposait sa philosophie de jeu tourné vers la possession du ballon et le redoublement des passes. En bref, la France tentait de devenir le Barca. Aujourd’hui le ballon rond hexagonal n’a d’yeux que pour le football Allemand qui fait forte impression aussi bien par son équipe nationale que par ses clubs. Mais il serait fou de penser que la Ligue 1 puisse entièrement importer le modèle de la Bundesliga, tout n’est pas forcément compatible. Pourtant il serait judicieux de copier quelques unes de leurs particularités.
Comme, par exemple, son sens du spectacle. En effet, la Bundesliga est un championnat spectaculaire. De par la quantité de buts marqués d’abord et du football qui y est pratiqué. Avec une moyenne de 2.93 buts par match cette saison, le show offert a dû ravir les spectateurs. S’ils arrivent à fournir un football aussi prolifique c’est grâce à cet état d’esprit, cette conscience que l’on doit proposer aux supporters, du jeu et une volonté systématique de se porter vers les buts adverses. On l’a bien vu cette saison en C1 avec un Dortmund agressif et rapide et ce, même s’il menait de plusieurs buts.
Afin d’accueillir cet « Entertainment » de qualité, la ligue teutonne s’appuie sur des infrastructures parfaitement adaptées : les stades ont en effet été modernisés en 2006 quand le pays organisait l’Euro. Ainsi, grâce au contenu et au contenant, l’Allemagne s’impose de plus en plus comme l’exemple à suivre, et cela n’a pas échappé au superbe joueur italien Marchisio qui en parlait dans le journal turinois Gazzetta dello Sport : « J'aime le football allemand, ils ont de magnifiques stades modernes toujours remplis. J'admire la mentalité des supporters qui ne partent pas même quand leur équipe perd 4 à 0 ».
Tout le monde partage ce point de vue et tout le monde a admiré un jour le « Mur Jaune » au Signal Iduna Park formé par les ultras de Dortmund. Toutefois je vois ici une incompatibilité avec le modèle français. Bien sûr, il est nécessaire de renouveler (comme c’est en train de se produire) nos stades et plus généralement nos infrastructures, pourtant il me paraît impossible de concurrencer l’Allemagne en termes de fréquentation. Et oui… car la France n’est pas un pays de football, et même si on propose, un jour, un jeu léché et riche en buts, à l’intérieur de superbes enceintes ; cela ne suffirait pas à faire venir les foules. On aurait donc du mal à atteindre les 42 000 spectateurs par match (moyenne de cette année en Bundesliga selon la FIFA).
On manque clairement d’une « culture foot », d’une histoire nationale autour du ballon rond si on excepte les Verts, L’OM, Platini et France 98. Cela n’est pas imitable, on ne peut s’approprier par exemple, la rivalité extraordinaire qui existe entre les deux finalistes de Samedi ; une rivalité à plusieurs niveaux : Sud/Nord, Droite/Gauche, Riche/pauvre, Chrétien/Prolo… On ne peut, non plus, s’approprier la collaboration entre les dirigeants des clubs allemands qui tirent tous dans le même sens et ont réussi à faire de ce championnat ce qu’il est aujourd’hui. Dans une interview faite au Figaro, Karl-Heinz Rummenigge, président du Bayern, parle de cette cohabitation, parle de cette émulation : "Notre modèle économique est aussi basé sur la solidarité. Le dernier de Bundesliga perçoit ainsi seulement la moitié moins (15 ME) de droits TV que le premier (30 ME)", a-t-il dit.
Pour finir, si ce modèle apparaît comme sain et vertueux, on aurait du mal à le transposer entièrement dans notre pays. Seulement, il faut, à mon sens, chercher à s’en inspirer afin de raffermir les structures déjà existantes. C’est le cas pour la formation qui reste, quoi qu’on en dise, performante en hexagone. Il suffirait simplement de privilégier plus souvent la technique et d’insuffler un état d’esprit conquérant, une envie de jouer et de créer collectivement. Il faudrait donner le plaisir du foot, celui-là même que l’on voit s’afficher sur le visage des gamins de Dortmund et qui a contaminé notre Ribery national, qui s’éclate chaque semaine et devient de plus en plus performant avec les Bleus ; preuve s’il en est qu’on a besoin de nos voisins pour progresser.
Cyril Daufresne
photos: Gettyimages








